JimbiMedia a été constitué, notamment avec pour objectif premier d’utiliser la technologie accessible des blogs pour donner une présence plus accrue en ligne aux voix africaines clés (créateurs, pionniers, universitaires, journalistes, etc.) à travers des blogs personnels qui pourraient facilement être mis à jour de partout au monde. Le logiciel utilisé, très simple, ne demande comme pré-requis que des connaissances de base en informatique pour qu’on soit capable de l’utiliser. Cet aspect se révèle critique dans un contexte où de nombreuses salles de rédaction ne peuvent toujours pas s’offrir des ordinateurs et la sophistication technique nécessaire pour utiliser leur plein potentiel.
Au Cameroun où des lois répressives et la censure ont contribué à étouffer la liberté d’expression et à tarir des sources vitales d’informations, la presse a été réduite à un niveau de sous-développement tel qu’il est difficile d’avoir une vision à long terme des productions de la presse écrite. Cela ampute par ricochet les ressources essentielles que cette presse devrait générer pour subsister. La répression a conduit à une baisse de la créativité et de la productivité culturelle. C’est pourquoi l’initiative de JimbiMedia a globalement été bien accueillie, notamment par la communauté anglophone qui se sent politiquement, économiquement et culturellement marginalisée depuis les indépendances et la réunification avec son homologue francophone.
A ce jour, JimbiMedia a créé des blogs pour 4 journaux camerounais6, environ 20 intellectuels, 2 blogs collectifs/d’activistes, et pour au moins 15 groupes culturels et organisations à but non lucratif. Le blog d’activistes, appelé « Watch France », a pour mission « d’explorer et de mettre en oeuvre des stratégies non violentes pour l’affaiblissement, voire la fin de l’Empire Français en Afrique ». « Imhotep », le blog collectif, se définit comme étant « le blog des Africains de la renaissance ».
La principale réalisation de JimbiMedia, en dehors d’avoir donné aux intellectuels,groupes et journaux africains une plus grande audience, est l’introduction du concept de sites personnels et de blogs auprès des Camerounais, notamment les Camerounais de la Diaspora. JimbiMedia sert de forum pour des discussions chaudes et instructives sur les principales questions culturelles et sociopolitiques du moment.
En considérant le cas du journal The Post et ses sites Internet, Lilian Ndangam montre comment un manque de compétences au sein des rédactions, combiné à des infrastructures de communication médiocres, a poussé le journal à lancer en 2004 sa version électronique en ligne en collaboration avec JimbiMedia. Cette version ciblait initialement un public au sein de la diaspora, tout en comptant sur la disponibilité de l’expertise et des ressources pour le développement et l’administration de son site. Ndangam indique que ce modèle de publication en ligne illustre la nature et l’importance des relations transnationales dans la diffusion et l’adoption de la publication en ligne. Il reflète simultanément une pratique transnationale alternative à travers laquelle les migrants africains s’entretiennent avec leurs familles d’origines dont ils s’inspirent pour recréer des identités dans leurs cultures d’accueil.
Ces blogs sont très démocratiques dans leur conception. Les propriétaires de blogs n’ont pas besoin de dépendre d’un webmaster pour les mettre à jour comme cela est le cas avec la plupart des sites Internet standard. En plus, le lecteur n’est pas seulement un consommateur passif, mais un participant interactif
qui est libre de commenter toute dépêche, généralement sous le couvert de l’anonymat, avec peu de restrictions11 ou pas du tout.
On peut aussi citer d’autres initiatives-clés, ou intéressantes, de journalisme citoyen, telles que Global Voices12 en Amérique, Bondy Blog13 en Europe, le blog 20mai.net au Cameroun et le blog personnel de Ramata Soré Journaliste engagé au Burkina Faso14 (régulièrement mis à jour et appuyé par une liste de diffusion),
etc.
Source: Preface - Usages innovants des TIC en Afrique : La presse au coeur de l'analyse









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